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Communiqué 27/02/2006

Extrait de PSY EN MOUVEMENT n° 24022006 du 27 février 2006

Un Master en psychopathologie clinique, pour quoi faire ?

Par Bruno Décoret.

suite : Qu' est-ce qu' un Master ?

1- C' est une diplôme qui sanctionne cinq années d' études universitaire.

2- Que deviennent ceux qui ne sont pas admis en 5° année ?

3- La psychothérapie se prête-elle à ce type de formation ?

4- Comment sont conçus les enseignements ?

5- La psychopathologie clinique n'est qu'un aspect de la psychologie.

6- Le risque est de fabriquer des techno-psychopathologues.

7- Deux exemples récents de l'actualité montrent les effets de cette dérive technocratique :

8- Pourquoi cette acharnement ?

9- La meilleure formation à la psychothérapie, c'est la vie.

1- " C' est une diplôme qui sanctionne cinq année d' études universitaire.

En général, les quatre premières années (correspondant à l'ancienne maîtrise) sont sanctionnées par des examens, qu'un étudiant travailleur et consciencieux peut réussir sans trop de difficultés. Par contre l'entrée en dernière année se fait par numerus clausus, en général très sélectif (en psychologie clinique, de l'ordre de 1 pour 5). La sélection sévère s'opère sur les résultats obtenus aux premières années, essentiellement sur des travaux théoriques, auxquels peut s'ajouter un entretien de motivation. Retour liste

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2- Que deviennent ceux qui ne sont pas admis en 5° année ?

La plupart du temps, personne ne le sait. Par contre, les heureux élus ont un net sentiment de supériorité, appuyé sur la connaissance, plus que sur le développement de l'esprit critique. En psychologie, par exemple, les universités sont souvent orientées vers une référence marquée (psychanalyse, systémique, cognitivisme, etc…) et forment leurs étudiants dans cette aspect sans les ouvrir aux autres. On peut rentrer brillamment en Master 2 (5° année, ancien DESS) de psychologie clinique et ignorer jusqu'à l'existence de l'approche systémique.

La 5° année est le plus souvent assortie de stages de longue durée, sanctionnés par la soutenance d'un mémoire. C'est cette soutenance, de type universitaire, qui donne le diplôme, non la qualité de la prestation du stagiaire. La formation, en tant que professionnel, est assurée par le maître de stage, s'il y en a un, qui a peu ou pas voix au chapitre pour décerner le diplôme.

Globalement, les Masters sont des diplômes appréciés, en particulier dans les disciplines scientifico-techniques, car ils sont conçus sur le modèle des écoles d'ingénieurs ; ceux qui en sortent ne manquent pas de compétences et trouvent du travail intéressant, sans rivaliser tout de même avec les titulaires du titre prestigieux d'ingénieur d'une école. En psychologie clinique, ils ne trouvent pas tous du travail dans les institutions où ils se sont formés, à savoir les hôpitaux psychiatriques, tout simplement parce qu'on forme beaucoup plus de psychologues cliniciens que les institutions ont de besoin. Retour liste

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3- La psychothérapie se prête-elle à ce type de formation ?

On peut en douter, mais en tout cas, il faudrait au minimum que les stages se fassent dans le cadre professionnel futur, c'est-à-dire un cabinet de psychothérapie, ce qui pose de sérieux problèmes. Retour liste

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4- Comment sont conçus les enseignements ?

Dans toutes les universités de France, l'enseignement est dirigé, et en grande partie assuré, par des enseignants chercheurs. Il faudrait un livre entier pour expliquer la complexité de cette profession.

Une de ses caractéristiques principales est que toute la carrière (recrutement, promotion, rémunération) est uniquement fondée sur les travaux de recherche, et plus précisément les publications faites dans la spécialité où la personne est inscrite. Si la plupart des enseignants chercheurs s'intéressent aussi à l'enseignement et à la formation, cela ne leur rapporte rien en termes de carrière, et peut même leur nuire sérieusement.

Ils ne sont en outre pas tenus d'avoir d'autre expérience que la recherche et n'ont pas une heure de formation obligatoire à la fonction de formation, encore moins à la relation humaine. Sont-ils les mieux placés pour former des praticiens de la relation humaine que sont les psychothérapeutes ? on peut, une nouvelle fois, en douter. La formation par la recherche ne manque évidemment pas d'intérêt, mais elle est un peu légère pour une activité aussi intime que la psychothérapie. Retour liste

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5- La psychopathologie clinique n'est qu'un aspect de la psychologie.

Au sens propre, on pourrait définir la psychopathologie clinique comme la discipline ayant pour objet l'étude et le soin apporté aux malades psychiques, en institution hospitalière (clinique veut dire que l'on est couché) C'est une discipline fort intéressante, variée et utile. Une formation de type Master est indispensable à ceux qui vont exercer le métier de psychopathologue clinicien, c'est-à-dire soigner des malades mentaux en structure hospitalière.

Une approche de cette discipline est utile pour qui pratique des psychothérapies, mais à un niveau raisonnable, pas à celui de super spécialiste qu'est un titulaire du Master. Par ailleurs d'autres disciplines peuvent être utiles, voire nécessaires pour la pratique de la psychothérapie. La psychologie actuelle est de plus en plus influencée par d'autres disciplines À titre d'exemple, les méthodes systémiques utilisent des concepts cybernétiques, et de logique formelle ; faut-il pour autant que les praticiens soient titulaires d'un Master de mathématiques appliquées ? Retour liste

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6- Le risque est de fabriquer des techno-psychopathologues.

Un des principaux risques de cette unicité de la formation universitaire, très ciblée, est de former des techno-psy, autrement dit des personnes très savantes dans un domaine pointu - sur ce plan, on peut faire confiance aux universitaires, ils sont très compétents - mais qui n'auront pas forcément la dimension humaine, l'expérience, la capacité de regard sur soi, toutes qualités nécessaires à l'exercice de la psychothérapie.

En outre, la difficulté du diplôme, sa longueur, la sélection à l'entrée, le caractère magistral de la plupart des enseignements, nourriront chez ces diplômés l'illusion qu'ils sont vraiment compétents et n'encouragera pas le questionnement sur leur pratique.

Le verrouillage du titre de psychothérapeute ne permettra pas à la concurrence d'exercer son rôle de créativité et d'innovation. Retour liste

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7- Deux exemples récents de l'actualité montrent les effets de cette dérive technocratique :

Deux rapports récents de l'INSERM ont fait réagir la communauté psychologique. Or ces rapports étaient faits par des scientifiques dont on ne peut remettre en cause ni la qualité de la formation (ils doivent tous être docteurs au minimum) ni la rigueur de travail. Du point de vue scientifique, ils étaient de qualité. Mais les conclusions oubliaient simplement qu' il s' agissait d'êtres humains, qui ne peuvent être traités de la même manière que n'importe quel corpus.

Une affaire judiciaire a fait grand bruit, au point de nécessiter la création d'une commission parlementaire. La France entière a vu ce jeune magistrat s'exprimer devant la représentation nationale.

Il s'agit d'un bon juriste, ayant un niveau d'étude de bac + beaucoup d'années, ayant réussi un concours particulièrement sélectif d'une des écoles les plus difficiles de France, ayant fait de nombreux stages professionnels. Sa compétence technique ne peut pas être mise en doute...

Mais il a manifestement manqué d'humanité, de la possibilité de se questionner sur ce qu'il infligeait à ses semblables, de dépasser l'application de textes lorsqu'il s'agit de la liberté, de la vie d'autres humains, fondamentalement égaux. Certains députés ont proposé qu'un juge d'instruction ait un âge et un nombre d'années d'expérience minimum, affirmant par là qu'un juge n'est pas seulement un techno -juriste mais aussi un homme ou une femme qui doit avoir vécu. Retour liste

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8- Pourquoi cette acharnement ?

Qu'est-ce qui pousse, contre toutes les évidences, les pouvoirs publics à exiger une formation de type Master en psychopathologie clinique pour les praticiens de la psychothérapie ? Et un nombre surprenant de praticiens actuels du domaine psychologique à approuver ? je vois au moins trois causes :

1- Tout d'abord une foi en la valeur intrinsèque du diplôme universitaire, du savoir théorique professé dans les amphis par des savants. Ceci semble particulièrement développé en France, comme le dénonçait déjà en 1897 le grand pédagogue Edmond Demolins, disciple de Frédéric Le Play : Plus on a passé de temps sur les bans de l'université, plus on est savant, donc compétent.

2- Pour une raison voisine, les titulaires de tels diplômes cèdent facilement à la tentation de verrouiller la profession, limitant ainsi la saine concurrence, sans se rendre compte que celle-ci est génératrice de remise en cause, donc de progrès. Mais il est tellement tentant de considérer comme charlatan celui qui vous bouscule dans vos certitudes.

3- Enfin il y a sans doute pression des universitaires eux-mêmes. En effet, comme nous l'avons vu, les enseignants chercheurs sont jugés sur leur recherche, mais les postes universitaires sont créés en fonction des nécessités d'enseignement (ce qui est absurde).

Si donc on veut développer les recherches (ce qui est nécessaire) le moyen le plus sûr est d'avoir beaucoup d'étudiants, à part dans les grands organismes de recherche, absents en psychologie (CNRS, INSERM, INRIA, …) Comme les débouchés se rétrécissent, il vaut mieux en créer de nouveaux. On pourrait le faire en améliorant la qualité des enseignements. Mais il faudrait pour cela courir le risque de ruiner la carrière de ceux qui s'y consacrent ou de sacrifier des recherches (autre absurdité, bien réelle hélas). Il est plus facile de s'assurer l'exclusivité de la formation d'une profession, en la soumettant à l'obtention d'un diplôme, brisant ainsi les reins d'une éventuelle concurrence.

Cela revient, selon un bon vieux principe bureaucratique, à adapter le besoin à l'offre par l'interdit. C'est inverser le sens raisonnable ; en effet, un enseignement doit être conçu pour répondre à un besoin de la société, non pour justifier un besoin ou un désir des enseignants. Retour liste

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9- La meilleure formation à la psychothérapie, c'est la vie.

Comment doit-on former les hommes et les femmes se destinant à pratiquer la psychothérapie ?

Vaste question qui mérite beaucoup plus que quelques lignes. On peut répondre, en premier lieu par : la diversité. Le champ d'application de la psychothérapie, la variété des questions rencontrées, la complexité de l'esprit humain, les variations d'une personne à l'autre, exigent que l'on puisse trouver des psychothérapeutes divers, tant dans leur formation que leur pratique et leur personnalité. Les former dans un moule unique, quel que soit ce moule, est une grave erreur. Il est très intéressant et formateur d'aller à l'université acquérir des connaissances de qualité, en psychopathologie, en psychologie ou dans d'autres domaines ; il est formateur de suivre des stages dans des institutions diverses, tout comme d'avoir fait un chemin thérapeutique personnel ; beaucoup d'autres connaissances et expériences sont aussi formatrices pour l'exercice de la psychothérapie. Car la source principale, c'est la vie, vie intellectuelle, vie affective, vie émotionnelle, vie professionnelle, vie sociale. Le psychothérapeute ne doit pas être un techno-psychopathologue, mais un homme ou une femme qui sait utiliser la totalité de son expérience et de sa connaissance pour aider et accompagner ses semblables, avec prudence, bienveillance, et efficacité.

Espérons que nous pourrons garder à la psychothérapie cette variété et cette diversité qui sont celles de la vie, et ne pas l'enfermer dans un carcan rigide, quel qu'il soit. "


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Gérard Guichardon

Psychéthérapeute

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